Conseil

 

La fameuse préparation à l'écriture ! Celle qu'on recommande de faire absolument avant de se lancer la rédaction de votre roman. En réalité, le plan se doit de faire partie d'un dossier plus ou moins rempli comprenant « l'âme » de votre roman. Beaucoup de ces documents sont facultatifs et dépendent du genre de votre livre et de votre personnalité, et si certains pourront être publiés avec votre livre, d'autres ne vous serviront qu'à vous. Parmi les documents « publiques », on peut trouver un glossaire si votre roman comprend beaucoup de termes techniques ou des mots étrangers, une carte de votre « monde » si c'est un roman de fantasy, et des illustrations si vous avez la chance de savoir dessiner ou quelqu'un qui le fait pour vous. Parmi les documents « privés », on trouve des photos vous servant pour vos descriptions, le condensé de vos recherches, l'emploi du temps de vos personnages... Il peut y avoir de nombreuses annexes. En tout cas, les deux seules à être primordiales (et qui pourtant ne sont pas destinées à vos futures lectures mais à vous) : le plan (ou résumé détaillé) et les fiches personnages. C'est du plan dont nous allons parler ici. Mais comment le réaliser ? À quel moment ? Est-il vraiment obligatoire ?

 

Écrire à partir d'un plan

 

Une fois que votre histoire, son début, sa fin et les différentes étapes, sont assez clairs dans votre esprit, il est de mise de les répartir dans un plan. Celui-ci vous permettra de bien équilibrer votre histoire, de vous rendre compte de sa cohérence, de son rythme et son équilibre, en étant sûr de ne rien oublier. En plus, comme tout a été noté, vous pouvez interrompre votre rédaction et la reprendre plus tard sans vous perdre.

Pour la forme, vous pouvez procéder de différentes façons, soit le plan brut (comme un plan de rédaction scolaire) : avec les titres des chapitres suivis du contenu de chacun, qui peut être plus ou moins rédigé, le plus souvent sous forme de notes.

Quant au résumé détaillé, il reprend le même principe, à la différence près qu'il sera rédigé, comme son nom l'indique. Contrairement au plan, la séparation par chapitres n'est pas forcément de mise. On peut donc procéder au découpage après, voire jamais, si on ne souhaite pas avoir de chapitres classiques. Étant plus fluide, il ne détaille pas tout et laisse donc davantage de liberté au moment de la rédaction.

Il est plus courant de faire d'abord un plan, qui est plus simple à modifier, cela dit en plus du manuscrit, les éditeurs réclament souvent le résumé détaillé, donc vous pouvez en faire un aussi.

Pour vous proposer un exemple concret, voici le début du plan et du résumé détaillé de Seirens.

 

Exemple de plan :

 

1 – L'appel

 

  • Nous rencontrons Fey, 18 ans, qui nage dans la piscine familiale en pleine nuit, avant d'être surprise par sa mère.

  • Évocation du problème de dépendance de Fey à l'eau, élément avec lequel elle en a toujours eu une relation étroite.

 

2 – Dépendance

 

  • Présentation des parents de Fey, Neil et Sarah, des musiciens ouverts et aimants, mais soucieux de l'équilibre de leur fille. Ils reviennent sur l'incident de la nuit, mais elle les rassure.

  • Au lycée, elle se fait inviter à une soirée, chose qu'elle évite depuis l'apparition de son « problème d'eau ».

 

Exemple de résumé détaillé :

 

Fey est une jeune fille de dix-huit ans qui vivait normalement jusqu'à ce que, depuis plusieurs mois, elle expérimente des symptômes physiques étranges : des douleurs inhabituelles dans ses membres inférieurs, et surtout un besoin accru de s'hydrater constamment. Elle a toujours été attirée par l'eau, mais depuis quelque temps, cette attraction s'est muée en besoin irrépressible, ce qui l'handicape beaucoup dans sa vie familiale et sociale.

 

Bien sûr, ce n'est que ma manière personnelle de procéder, chacun a la sienne. Maintenant, vous vous demandez probablement laquelle de ces méthodes j'ai utilisées avant de me lancer dans la rédaction. Eh bien en fait... aucune des deux ! Bien sûr, je savais déjà toutes ces choses. J'avais déjà écrit des textes et même achevé des romans à partir de plan détaillés, mais cela ne me convenait pas vraiment. Le fait de suivre docilement un plan a quelque chose de rassurant pour toutes les raisons évoquées plus haut, mais cela m'ennuyait. Je me sentais prisonnière sans pouvoir m'amuser réellement dans ma rédaction, un peu comme si j'étais de retour à la fac avec des plans de dissertations et de commentaires à rédiger, encore et encore. De plus, le risque d'un plan est de s'endormir dans son histoire et de s'y fier religieusement en se fermant aux idées nouvelles. Mais le plan ne remplace pas l'histoire ! C'est bien d'ailleurs pour cela que les éditeurs ne s'en contentent pas mais exigent le manuscrit brut, le plan (ou plutôt résumé détaillé) en plus seulement.

Alors, pour Seirens, j'ai opté pour le « free-style ». Et ça a marché !

 

Écrire en « free-style »

 

Cela consiste à écrire à l'instinct, sans avoir forcément une idée précise, ou même tout court, de ce qui va se passer. Je ne vous cache pas que c'est une méthode risquée et dangereuse. À procéder ainsi, on risque de tourner en rond et se trouver dans un cul-de-sac, et peut-être donc de mettre fin à une histoire qui aurait pu être prometteuse si elle avait été travaillée. On prend aussi le risque de se retrouver avec une histoire bancale, des longueurs inutiles, des incohérences...

Mais ! C'est également la méthode parfaite pour voir surgir de formidables idées inattendues. Et la sensation de réellement vivreson histoire en plus de l'écrire. Et n'est-ce pas ce à quoi aspire chaque auteur ? 

Quand j'ai commencé Seirens, j'ai écrit le premier chapitre sans savoir où j'allais. Je savais juste que Fey était une sirène et qu'elle appartenait à un monde marin divisé en deux peuples ennemis. Et le reste ? Eh bien, je l'ai découvert en même temps qu'elle. Et cela a donné lieu aux aventures, péripéties et rebondissements qui forment aujourd'hui le roman. Bien sûr, je n'ai pas fonctionné en free-style jusqu'à la fin, car à force d'écrire, je parvenais à anticiper (puisque l'inspiration vient en écrivant), et je pense que je devais en être arrivée au tiers du récit avant que tout soit bien clair dans ma tête, concernant la fin. Mais j'ignorais encore tous les rebondissements et c'était si amusant et grisant de vivre cela en même temps que mon héroïne, comme si j'étais avec elle. J'ai même eu l'impression mystique que toute cette histoire avait réellement eu lieu et que j'étais en train de la découvrir... Si je dois réaliser un top des joies de l'écriture, celle-ci serait tout en haut.

C'est une méthode qui peut vraiment porter ses fruits, à condition de bien en connaître les risques, d'avoir suffisamment d'expérience dans l'écriture pour savoir éviter les pièges. C'était mon cas, puisque j'écrivais déjà depuis une dizaine d'années... Et aussi être préparé au fait inévitable que le roman nécessitera beaucoup plus de jets et de réécritures que s'il avait sagement suivi un plan. Le premier jet (trèèès imparfait) de Seirensest né au bout de quatre mois, et il a fallu trois mois supplémentaires pour parvenir à une version acceptable, et bien six mois de plus pour être prêt à partir aux éditeurs. Il faut également être prêt à écrire son roman dans un laps de temps assez court, ou du moins écrire très régulièrement, sans laisser passer trop de temps sans rédiger une ligne, puisque la spontanéité est la clé de votre rédaction. 

Je ne le regrette pas, même si par la suite, j'ai encore procédé différemment.

 

Un mélange des deux ?

 

Aujourd'hui, j'ai trouvé ma méthode. En amont, j'ai mon dossier de prêt, et celui-ci contient effectivement un plan, mais que je nommerais « plan global » : il suit l'ordre chronologique, les étapes indispensables, mais il est très court (un ou deux points principaux seulement par chapitre), vague et malléable, me laissant ainsi une grande part de liberté, et il n'est pas rare que la fin elle-même ne soit pas, ou seulement en partie, prévue. Ça dépend. Chaque histoire est différente et a son organisation propre, comme un être à part entière. Mes notes sont donc très concises, mais je me comprends, et ça suffit pour que ça fonctionne. Cela m'aide pour savoir où je vais et aussi parce que mon rythme de vie est tellement effréné par périodes qu'il peut m'arriver de ne pas écrire pendant une longue période, et le plan m'aide à m'y retrouver.

J'aime écrire à la manière d'une « saison de série » comme j'aime à dire : chaque chapitre est construit à la manière d'un épisode, avec ses temps forts et rebondissements et se terminant sur un suspense plus ou moins important pour la suite. Je sais plus ou moins où je vais mais en chemin, je laisse l'histoire et les personnages me surprendre et m'emmener dans des directions que je n'aurais pas anticipées si j'avais suivi un plan.

En tout cas, à ce jour, Seirensa été ma seule histoire rédigée entièrement en free-style, et je trouve que c'est celle qui contient mes meilleures idées et dont je suis la plus fière, alors je ne regrette pas d'avoir procédé ainsi. En plus, cette méthode lui donne un aspect spontané et nerveux qui a été ressenti par les lecteurs, et qui s'accorde merveilleusement avec l'esprit de l'histoire justement.

Et à la fin, ce fameux plan détaillé, je l'ai. Mais après:) Et même en aval de la rédaction, il est sacrément utile. Pour réécrire et corriger, justement.

 

Et donc... 

 

En conclusion, je dirais que faire un plan, c'est une bonne chose, que je recommanderais notamment aux débutants, mais l'essentiel est surtout de trouver sa méthode propre, qui convient à notre mode de vie, nous correspond le mieux, voire qui correspond le mieux au roman qu'on est en train d'écrire. Chaque livre est unique et chaque écrivain l'est d'autant plus. 

 

Et vous ? Faites-vous des plans détaillés ou écrivez-vous en free-style, un peu des deux ou cela dépend-il ?