Conseil

Les bêta-lecteurs : la passerelle entre l'auteur et le lecteur

 

Ça y est, vous avez terminé la rédaction, la relecture et les corrections de votre roman. Vous l'avez perfectionné autant que possible mais avant de le proposer aux maisons d'édition et bien sûr de l'envisager entre les mains de lecteurs, il vous manque le regard extérieur et neutre d'un voire de plusieurs bêta-lecteurs. C'est important, cette étape ne doit pas vous effrayer, ni être zappée, et elle vous apportera beaucoup. Un bêta-lecteur n'est pas un correcteur (même s'il peut faire les deux) mais un lecteur qui va se concentrer sur le fond de votre histoire. Le correcteur, lui, interviendra après, une fois que le travail sur le fond sera terminé.

Traditionnellement, cette étape de bêta-lecture se fait après l'écriture, mais vous pouvez également faire le choix de vous faire relire en cours de rédaction, surtout si vous débutez. Quoi qu'il en soit, vient forcément un moment où il faut oser se confronter au regard d'autrui, même si cela fait peur. C'est indispensable. Après des mois plongé dans votre texte, vous n'avez plus le recul nécessaire pour le perfectionner. 

 

(Presque) tout le monde peut devenir bêta-lecteur

 

Théoriquement, beaucoup d'individus, quel que soit leur âge, leur éducation, leur milieu social ou leurs goûts, peuvent remplir ce rôle. En trouver un, c'est déjà bien, mais l'idéal est d'en avoir plusieurs, pour varier les profils et les avis. Cela peut être des personnes qui vous connaissent bien ou pas du tout. Idéalement, un peu des deux, et de différents profils, pour avoir l'avis d'un public varié. Il n'y a pas de nombre idéal mais entre trois et cinq, cela me paraît déjà bien. Évitez de proposer votre roman à toutes les personnes que vous connaissez : trop de retours vous perturberont, et puis n'oubliez pas que ce n'est encore que la version bêta de votre futur chef-d'oeuvre ;) 

Il existe des forums et des groupes sur Internet dédiés à la bêta-lecture, mais le plus simple est encore de puiser dans votre propre liste de connaissances.

Veillez à ne pas proposer votre œuvre à des profils qui ne lui correspondent pas : ce n'est pas la peine de faire lire votre roman d'amour à votre cousine en plein divorce aigrie, votre polar violent à quelqu'un de très sensible qui aura une surprise désagréable, ou à des lecteurs mineurs ou très jeunes votre texte s'il contient des scènes osées... 

L'important est de ne pas imposer votre travail à quelqu'un. Si vous dites simplement que vous allez avoir besoin de bêta-lecteurs, si la personne a envie de le faire, elle vous le proposera sans doute spontanément. Même quelqu'un qui lit beaucoup n'aura pas forcément l'envie d'être bêta-lecteur : déjà, parce que c'est une grande responsabilité et que certains peuvent ne pas s'en sentir capables (par contre ils se feront une joie d'acheter votre roman une fois sorti en librairie et de le promouvoir :)) Aussi parce qu'un bêta-lecteur n'est pas un simple lecteur : au-delà du plaisir de lecture, il faut lire de manière très minutieuse, ouvrir son esprit critique pour traquer les coquilles, relever les choses qui ne vont pas, sans oublier d'en faire un retour constructif... Tout le monde a-t-il vraiment le temps pour cela, et en est-il même capable ?

 

Qu'attendre de vos bêta-lecteur ?

 

Une fois que vous avez trouvé vos bêta-lecteurs, soyez clairs sur ce que vous attendez d'eux, surtout si c'est la première fois qu'ils font cette expérience. N'hésitez pas à leur confier vos doutes et vos faiblesses typiques pour qu'ils y soient attentifs. Ce sera du temps de gagné. 

Le mieux est de les laisser vous faire un bilan personnel à leur manière, pourvu qu'ils en fassent un, et constructif de préférence. Que ce soit un retour général, un bilan à la fin de chaque chapitre, ou prendre des notes au fil de la lecture... N'hésitez pas à en discuter ensemble avant.

Si vous êtes très méthodique (et qu'ils sont motivés, ou peu sûrs de savoir comment s'y prendre), vous pouvez même leur proposer de remplir une sorte de fiche de lecture. Je m'en suis servie pour l'une de mes lectrices de Seirensqui n'avait jamais été bêta et qui avait un peu de mal à savoir comment résumer ses impressions. Ce quiz peut être adapté à tout autre texte.

 

Quiz Seirens

1. Comment as-tu vécu cette lecture ? As-tu lu à un rythme relativement régulier ? As-tu eu besoin de faire des pauses ? As-tu failli abandonner à certains moments ? 

2. Comment résumerais-tu l'histoire en une ou deux phrases ?

 3. Comment as-tu perçu l'ambiance générale ?

 4. Y a-t-il des passages qui t'ont particulièrement marqué(e) ? fait rire ? ému(e) ?

 5. Y a-t-il des passages sur lesquels tu as buté parce qu'ils étaient ennuyeux, peu clairs ou autre ?

 6. As-tu trouvé des faiblesses au niveau du fond ? (longueurs, points à développer, incohérences, problèmes de rythme, intrigue, personnages...)

 7. Et de la forme ? (style, fautes, langage, clichés...)

 8. À quel(s) personnage(s) t'es-tu le plus attaché(e) ou identifié(e) ? Pour quelle raison ?

 9. Quels personnages t'ont marqué(e), en bien ou en mal et pourquoi ?

 10. T'attendais-tu aux différents rebondissements ?

 11. Si tu devais changer une (ou plusieurs) chose(s) à l'histoire, qu'est-ce que ça serait  ?

 12. Sachant qu'une suite existe, as-tu : envie de la lire au plus vite / peut-être envie de la lire à l'occasion / pas spécialement envie de la lire ?

 13. Conseillerais-tu ce roman à des gens ? Pourquoi et quel public ?

 14. Que pourrais-tu mettre en avant pour « vendre » cette histoire ?

 15. Qu'a-t-elle d'original que tu n'avais jamais lu avant ?

 16. Y a-t-il une histoire avec laquelle tu pourrais faire une comparaison ?

 17. Si tu devais donner une note sur 10 objective au roman, laquelle serait-ce ?

 18. Et ta note subjective ? Ou alors dire à quel point cela t'a plu : l'histoire ne t'a pas du tout emballé(e) / tu as trouvé ça moyen / tu as passé un moment sympathique / c'est un coup de cœur ...

 19. As-tu un dernier commentaire à faire, si les questions ne t'ont pas donné l'occasion d'en parler ?

 20. As-tu des questions ?

 

Les bêta-lecteurs à éviter :

 

Le lecteur fantôme : Autrement connu sous le nom de « lecteur qui ne sert à rien ». Sur le coup, il est très impressionné d'apprendre que vous avez fini d'écrire votre roman et vous dit avec enthousiasme de ne pas hésiter à le lui envoyer pour avoir son avis. Ce que vous faites sans tarder. Les semaines puis les mois passent et vous n'avez toujours pas de retour. Alors que vous tentez une relance, espérant qu'il est proche de la fin, il vous apprend qu'il n'a même pas encore commencé ! Flatteur, n'est-ce pas ? Le pire : qu'il finisse par le lire en diagonale et vous en fasse un retour foireux, pour se débarrasser de vous. Pour pallier cela, lors de l'envoi, fixez (poliment) une date limite de retour (tout de même assez large, au moins un mois, mais c'est adaptable selon la longueur de votre texte) en expliquant que vous avez déjà prévu un calendrier précis de présentation aux éditeurs. 

 

Le lecteur escargot : C'est un cousin du lecteur fantôme. Nous ne lisons pas tous à la même vitesse et ne disposons pas tous du même temps libre, c'est un fait. C'est déjà sympa qu'on se propose de lire notre roman, mais, soyons d'accord, il faut tout de même se dépêcher un minimum, sachant que vous attendez le retour de vos lecteurs avant l'envoi aux éditeurs. C'est une question de respect, quand on s'engage à bêta-reader un livre. Sinon, on n'a qu'à refuser, vous ne lui avez pas mis le couteau sous la gorge. Si au bout de six mois, votre lecteur n'en est toujours qu'au chapitre 2, laissez tomber. Vous allez perdre du temps pour un retour peut-être décevant et décousu (il aura oublié le début une fois arrivé à la fin !) Et votre livre sera peut-être déjà publié avant qu'il ait terminé ! Pour éviter que cela n'arrive, utilisez la même technique que vue dans le point précédent.

 

Le lecteur profiteur : C'est un lecteur qui va lire votre roman mais vous fera un tout petit retour, souvent pas du tout utile, du genre « C'était sympa. » En gros, il n'a pas honoré son rôle et a seulement considéré votre livre comme un ebook gratuit. Méfiez-vous de ces lecteurs qui sont en plus très « généreux », au point de ne pas hésiter à faire profiter leurs amis de votre œuvre, parfois sans vous le dire, ou seulement après. Le pompon : que votre roman soit publié et que ce lecteur ne l'achète même pas, sous prétexte qu'il l'a déjà lu. Si vous vous faites avoir, rappelez-le à l'ordre : votre travail mérite le respect, et vous aussi.

 

Le lecteur trop gentil : Ou encore lecteur « groupie ». Étonnamment, le plus dangereux pour le bien de votre roman. En général, c'est un très bon ami, quelqu'un de votre famille, voire votre amoureux(se). Il n'y a rien de mal à se faire relire par des proches : ce seront les premiers à vouloir vous rendre ce service et en plus, ils vous connaissent bien. Mais le risque est de confier cette tâche à quelqu'un de trop doux, qui voudra à tout prix vous faire plaisir et n'osera pas pointer les faiblesses, prétendant qu'il a tout aimé et que vous êtes absolument génial, la plupart de ses commentaires se résumant à des « j'ado(ooo)re ! » sans justifications. Ça fait plaisir, c'est certain, mais ce n'est pas très constructif, surtout quand vous sentez que ça sonne faux. Ou peut-être qu'il est sincère, mais au stade « bêta », ce n'est pas ce dont vous avez besoin. Par contre si tous vos lecteurs réagissent ainsi, même les plus féroces, confiez-moi vite votre secret ;)

 

Le lecteur trop méchant : À l'inverse, ce lecteur-là est redoutable. Souvent, c'est quelqu'un de très cultivé, ou avec un métier de « requin », et des idées bien arrêtées. Il ne va pas hésiter à vous dire les choses sans détours, quitte à vous blesser en méprisant votre texte. Il faut s'entourer de personnes critiques, je vais y venir, mais le risque à avoir ce genre de lecteur impitoyable et qui ne mâche pas ses mots est de vous brusquer, de vous faire de la peine, voire de complètement vous décourager et de vous traumatiser au point que même si vous gagnez un Prix Nobel de littérature un jour, vous n'oserez jamais lui faire relire la moindre ligne de vous. Sans compter le fait que si vous avez un fort caractère, vous risquez de vous braquer et de vous fâcher avec lui.

 

Les bêta-lecteurs à rechercher :

 

Le lecteur fan : C'est un lecteur qui adore lire bien sûr, et particulièrement dans le genre de votre roman. Comme il s'y connaît, il pourra très facilement vous dire si votre texte s'inscrit dans son genre de prédilection, s'il en respecte les codes tout en se démarquant, et pourra même vous donner de bons conseils pour améliorer certains points de l'histoire. Si dans l'ensemble, il a aimé votre livre, c'est bon signe ! (un clin d'oeil pour Jérémy et Nico ;))

 

Le lecteur lambda : Peut-être votre lecteur le plus important ! Il peut avoir n'importe quel profil, pourvu qu'il aime (un minimum) lire. Il va représenter le lectorat de base, ouvert à tout (celui qui n'achèterait pas forcément votre roman mais qui le fera si un élément lui a donné envie) et son avis (souvent spontané) peut s'avérer très intéressant. C'est le type de lecteur principal qu'on rencontre sur les plateformes en ligne. (un clin d'oeil pour Sabrina et Dorothée ;))

 

Le lecteur littéraire : Professeur de lettres, bibliothécaire, chroniqueur littéraire voire écrivain lui-même, c'est quelqu'un qui possède une formation littéraire et qui manie les mots au quotidien. Avec son esprit d'analyse fine, il vous sera d'une aide précieuse sur la forme mais aussi sur le fond, vous aidera à repérer les clichés, les faiblesses de l'intrigue, les problèmes de rythme, les longueurs, les points à développer... (un clin d'oeil pour Aline et Lorinda ;))

 

Le lecteur pointilleux : Celui-ci est vraiment indispensable, alors que ce n'est pas le plus courant. C'est le « chiant » qui, sans vous démonter comme le ferait le « lecteur méchant » sera critique au point de ne laisser passer aucune incohérence, aucun fait inexpliqué ou émotion inexploitée, vous demandera « pourquoi » et « comment » à tout bout de champ, dans le but d'améliorer votre texte jusqu'à la perfection car il croit vraiment en votre projet et à son potentiel. Vous risquez de le haïr à certains moments, mais à la fin, c'est sans doute celui que vous remercierez en premier quand votre roman paraîtra, et vous admettrez que vous n'en seriez peut-être pas là sans lui. (un clin d'oeil pour Jean-Mat ;))

 

Acceptez également la possibilité que des lecteurs décident de ne pas achever leur lecture. C'est blessant, certes, que quelque chose qui vient de votre cœur puisse indifférer. Mais au moins, vous l'avouer est une marque d'honnêteté et de respect, au lieu de vous faire attendre inutilement. Personnellement, je suis incapable de me forcer à terminer un livre si celui-ci ne me parle pas et que je n'arrive pas à entrer dedans, même si l'auteur est un ami. Cela ne veut pas forcément dire que votre livre est mauvais, mais seulement qu'on ne peut pas plaire à tout le monde. Et ce n'est pas une fatalité. Il m'est arrivé d'adorer un roman et d'en détester un autre pourtant écrit par le même auteur. En revanche, si tous vos lecteurs réagissent ainsi, vous pourrez vous poser la question... ;)

 

Les bêta-lecteurs partiels utiles :

 

Le spécialiste thématique : Ce lecteur pourra lire seulement des extraits ou des chapitres clés de votre roman, par exemple traitant d'un sujet, d'un lieu ou d'un métier dont il est spécialiste et vous non (« engagez » donc autant de spécialistes que nécessaire). Le rôle ici est de vous donner son avis sur les détails techniques, pour vous dire s'ils sont crédibles aux yeux d'un connaisseur, même s'il ne connait pas l'histoire.

 

L'écouteur d'histoires : Et pourquoi, au lieu de faire lire votre roman, vous ne le raconteriez pas ? Vous pourrez lire ou faire lire à ce lecteur votre résumé détaillé (qui dévoile la fin). Là, il ne s'agit pas de se focaliser sur le détail mais sur l'histoire dans sa globalité. Le lecteur idéal pour ça : quelqu'un qui n'aime pas lire mais qui adore pourtant les (bonnes) histoires (un féru de cinéma ou de séries par exemple). Il pourra vous dire, à partir du résumé, si votre intrigue tient la route, si les rebondissements sont bien équilibrés... Si ça donne envie, tout simplement. Si jamais vous hésitez sur un point, par exemple là où vous bêta-lecteurs classiques vous ont mis le doute, vous pourrez également lui en faire part et avoir son opinion.

 

Le correcteur : C'est normalement le dernier à intervenir, seulement une fois que vous avez abouti à un fond qui vous convient (car à quoi bon faire corriger des passages qui vont changer, disparaître alors que d'autres vont naître ?) Expert de la langue française, ce lecteur pourra s'intéresser principalement (ou exclusivement) à la forme en vous aidant à traquer toutes les coquilles. Cela vous évitera de payer des sommes importantes sur des sites proposant ce genre de services. Bien sûr, si vous signez un contrat chez un éditeur, celui-ci s'occupera des corrections finales. Mais ce n'est pas une raison pour laisser des fautes énormes : déjà, vous diminuerez vos chances d'être publié, et c'est une question de respect, et de fierté aussi je crois.

 

Dans tous les cas, un bon bêta-lecteur est un lecteur bienveillant mais critique, encourageant mais honnête, et surtout quelqu'un de confiance. Et n'oubliez pas qu'en tout cas, votre lecteur le plus sévère et exigeant, ça doit être vous.

 

Comment gérer les différents retours ?

 

Normalement, tous vos lecteurs vous feront un bilan. Certains vous écriront un commentaire général en fin de lecture, d'autres prendront des notes en direct sur le manuscrit même (ma méthode préférée), d'autres encore vous feront part de leurs impressions en vrac de vive-voix (préparez-vous à prendre des notes !), ou à mesure de leur lecture, ou via la fameuse fiche de lecture... À chacun sa manière de procéder, mais le plus important est : une fois tous ces avis recueillis, vous en faites quoi exactement ?

Le mieux, c'est de rassembler ces critiques. Faites-en un fichier unique sur votre ordinateur au sein du dossier de votre roman, par exemple. Lisez-les et relisez-les pour vous en imprégner et y penser. Et laissez passer un peu de temps avant de reprendre votre texte.

Concentrez-vous déjà sur les points qui reviennent le plus, voire qui font l'unanimité. Il y a de fortes chances que ce soit un point clé à modifier. De manière générale, ce qui vous parle tout de suite, c'est ce qui est juste. 

Pour les points où les avis sont partagés et où vous hésitez, demandez des détails à vos bêta-lecteurs en leur posant des questions, recherchez de nouveaux avis, et prenez le temps de prendre du recul pour bien réfléchir. Mais fiez-vous vraiment à leurs impressions : vous connaissez votre histoire, elle est claire pour vous, mais si certains points n'ont pas été compris comme vous le souhaitiez, ça vaut la peine de les retravailler.

Gardez en tête que les avis sont subjectifs et qu'il ne faut pas tout accepter comme parole d'Evangile. S'il y a des critiques que vous trouvez injustifiées, ou qui ne vous parlent vraiment pas, eh bien, ignorez-les et restez fidèle à votre idée de base. C'est vous l'auteur, vous restez le seul maître à bord et il vous faut être prêt à changer des choses mais à condition que cela vous plaise sans que vous ayez l'impression de dénaturer votre travail.

Enfin, un point important si jamais votre livre est publié, ce que je vous souhaite de tout cœur. Vos bêta-lecteurs seront vraisemblablement très fiers de vous, voire un peu d'eux-mêmes puisqu'ils vous auront aidé. D'ailleurs pensez à les inclure dans vos remerciements sur votre page de garde si vous y avez droit, du moins ceux qui vous auront vraiment été utiles. Ils voudront l'acheter et que vous le leur dédicaciez. Mais... en attendant, le texte (du moins une version brouillon) sera encore en leur possession. Ce n'est pas gênant en soi et vous faites ce que vous voulez, mais je vous conseillerais de leur recommander, une fois leur lecture et les discussions à ce sujet terminées, de détruire le manuscrit. Le supprimer de leur boite mail et de leur ordinateur, ou de déchirer la version papier. Sans remettre en cause leur honnêteté bien sûr, mais on ne sait jamais. Une étourderie, un hackage, un vol d'ordinateur, un cambriolage... Certes vous aurez sans doute fait protéger votre texte contre le plagiat avant, mais on ne sait jamais. Vous n'aimeriez pas qu'un ebook gratuit de votre livre circule sur le net, n'est-ce pas ? C'est sans doute mon côté parano, mais mieux vaut prévenir que guérir. En revanche, pour les bêta-lecteurs qui n'auront pas eu ou pris le temps de lire votre livre, c'est une exigence à avoir je pense, par principe.

 

Et l'éditeur ?

 

Les maisons d'édition qui refuseront votre manuscrit (il y en aura, ne rêvons pas) ne vous feront généralement pas de retour critique, faute de temps, et parce que ce n'est pas leur rôle de toute façon. Mais si un comité de lecture prend la peine de vous dire ce qu'il a pensé de votre livre, même succinctement, ce sera sans doute une critique professionnelle très enrichissante qui pourra vous aider à progresser (même si encore une fois tout est subjectif et ses conseils n'iront peut-être que dans le sens de son propre catalogue). 

En revanche, un éditeur qui accepte de publier votre roman sera votre dernier et ultime bêta-lecteur. Et pas des moindres ! C'est son métier, il s'y connaît et vous fera sans doute un bilan extrêmement constructif. Et même si votre projet lui plaît, avant de le publier il vous demandera certainement de modifier encore des choses. Là, le dialogue et les compromis sont de mise, pour être sûr d'aller dans le même sens. 

Si tout va bien, il vous fera des critiques bienveillantes qui vous parleront, voire qui vous enthousiasmeront car vous aurez le sentiment que c'était tout ce qui manquait pour que votre roman soit vraiment parfait. 

En revanche, s'il veut vous faire effectuer des changements trop importants, charcuter des chapitres entiers, voire dénaturer l'esprit du livre, notamment pour des raisons commerciales ou le faire rentrer dans les clous de l'une de ses collections, attention. Votre roman, c'est votre bébé, et il mérite de paraître avec vos valeurs et l'esprit que vous avez voulu lui donner. Si un éditeur ne comprend pas cela, osez dire non, et, si aucune négociation n'est possible, tentez votre chance ailleurs, auprès de quelqu'un qui appréciera votre livre à sa juste valeur et saura le faire « vivre ».

 

Et vous, avez-vous déjà eu des bêta-lecteurs ? Quels profils avez-vous rencontrés ? Cela vous a-t-il aidé ? L'avez-vous déjà été pour quelqu'un ?